Dire que la saison 2 de The Walking Dead était attendue par les fans est un doux euphémisme. Après un premier épisode de The Wolf Among Us déjà testé dans nos colonnes, voilà que Telltale nous fait la surprise de nous offrir un bien joli cadeau de Noël. All that Remains (Tout ce qui reste) nous replonge donc dans l'univers hyper travaillé de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard, et une fois de plus, impossible d'en sortir indemne. Explications.
Avertissement : Pour des raisons évidentes, nous déconseillons fortement à toute personne n'ayant pas déjà terminé la saison 1 de se lancer dans la lecture de cette review.
Clémentine, quand tu fermes les yeux, tu devines le merveilleux
Après le plébiscite amplement mérité qu'avait reçu la première saison de The Walking Dead à sa sortie, il n'était pas forcément simple de relever le défi d'une deuxième, tout particulièrement après un dénouement aussi déchirant qu'inattendu dans le cinquième et dernier épisode. Attaché que le joueur était à Lee Everett et à sa relation avec la petite Clémentine, il lui fallait accepter de faire le deuil de celui par lequel il avait été amené à prendre les décisions les plus difficiles. Un deuil qu'il se devait de partager avec celle qu'il avait appris à aimer, un deuil qu'il allait devoir apprendre à surmonter avec elle. Quoi de plus normal alors de découvrir que c'est Clémentine qui devient le personnage principal de cette saison 2. Après tout, qui mieux que le joueur pouvait comprendre le psyché d'une gamine soumise à tant d'épreuves en un laps de temps aussi court. Car tel est le choix audacieux de Telltale avec cette saison 2, risquer de perdre la relation précieuse entre le joueur et l'enfant en faisant d'elle son héroïne.
Si l'on pouvait craindre que le rôle du protecteur endossé par Lee manque à cette nouvelle aventure, il n'en est rien. En effet, le joueur reste plus que jamais l'ange gardien de l'enfant, le guide qui l'amènera à murir jusqu'à devenir une grande personne, dans un monde où la mort avance plus vite que la vie. Dans un tel environnement, difficile de conserver un quelconque degré d'optimisme. Et pourtant, Clémentine ne lâche jamais, endurcie par les trop nombreux combats qu'elle a déjà dû affronter, déchirée par le remord en repensant à toutes ces vies perdues dont elle se sent responsable. L'enfant naïve des premiers jours de la catastrophe est en passe de disparaître, elle s'est adaptée, mais son apparente fragilité ne fait que souligner la force de son caractère et sa détermination à survivre. Clémentine n'a plus besoin d'un chaperon, elle s'en est affranchie et est enfin prête à assumer les choix les plus cornéliens. Reste à savoir si dans ses songes se dessine encore l'esquisse d'un futur qui se conjuguera un jour au présent.
Allons ensemble nous promener
Pour le moment, l'heure n'est cependant pas à la rêverie. Tout fervent lecteur de la bande dessinée le sait, le monde de The Walking Dead est impitoyable. Rien n'y est jamais acquis et l'équilibre fragile des moments de calme et d'apaisement, le confort quasi indécent du sentiment diffus de sécurité qui peut parfois s'installer sans crier gare, tout n'est qu'illusion. Dès le prologue de ce premier épisode, le ton est donné, et il laisse clairement un arrière goût amer que la pluie ne parviendra pas à laver de si tôt. S'en suit une série d'événements qui ne cesseront de prendre le joueur par surprise pour mieux le malmener. Espoir et désespoir n'ont jamais été aussi proches l'un de l'autre, la mince barrière les séparant prenant un malin plaisir à voler en éclats au moment où l'on s'y attend le moins. Le joueur, anesthésié par tant d'horreur, en ressort totalement engourdi, plus prompt à se laisser aller à profiter de l'instant présent qu'à anticiper le cauchemar qui s'annonce. Il n'est pas toujours évident de donner au début d'un nouvel arc narratif suffisamment de force pour qu'il parvienne à nous happer dès les premières minutes de jeu, mais All that Remains le fait pourtant avec une certaine insolence.
Les séquences se suivent et ne se ressemblent pas, avec une alternance savamment dosée entre les scènes où tout peut basculer en quelques instants et les passages qui prennent le temps d'installer une atmosphère. Une ambiance qui nous a d'ailleurs semblé plus soignée, avec une variété des décors appréciable et un visuel légèrement affiné qui donne lieu à quelques beaux panoramas. Le système de jeu s'articule toujours autour des mêmes mécaniques, avec une part à la réflexion et aux puzzles toujours autant en retrait. Certains pourront sans doute le regretter, mais la vocation du jeu est ailleurs, dans la volonté de proposer une expérience narrative interactive où l'implication se veut d'abord émotionnelle plutôt que cérébrale. L'interface a finalement peu changé, même si les différentes actions ne sont désormais plus forcément signalées par les touches de la manette à l'écran (lorsque l'on joue au pad), mais par une icône dont la couleur correspond à l'une d'entre elles. On retrouve également un affichage plus classique, lorsqu'il est demandé de matraquer un bouton ardemment pour se sortir des griffes d'un zombie ou qu'il faut viser une zone particulière. Bien sûr, le système de dialogue en temps limité qui a fait le succès de la série fait son grand retour.
Il y a tant d'amis qu'on a envie de rencontrer
Si le titre du comic book et du jeu laisse penser que l'essentiel du propos de The Walking Dead tient dans la présence dangereuse des morts qui marchent, l'amateur averti vous dira que la menace la plus sérieuse vient toujours des vivants eux-mêmes, plus imprévisibles et sournois que leur comparses en décomposition. Ce début de saison 2 ne déroge pas à la règle, et bien que l'on retrouve très rapidement les visages familiers de Christa et Omid, ce nouvel épisode va introduire bon nombre de nouveaux personnages. Vous vous en doutez, tous ne seront pas forcément des plus amicaux envers la jeune Clémentine, et il lui faudra donc faire preuve de discernement (ou de jugeote) lorsque sa vie sera en danger. Comme d'habitude avec la série de Telltale, l'écriture est d'une justesse à faire pâlir la Castafiore, et chaque personnage croisé laissera un peu de son empreinte, provoquant un déferlement de sentiments aussi variés que cohérents. On peut donc à la fois parfaitement comprendre la réaction de certaines personnes croisées, et dans le même temps décider de ne pas respecter leur décision dans l'intérêt de Clémentine. Difficile d'en dire plus sans en dévoiler trop, mais sachez qu'une nouvelle fois, la galerie de personnages choisie est très prometteuse pour la suite.
Un casting qui devrait d'ailleurs s'étoffer à mesure que la saison avance puisque les nombreux personnages brièvement aperçus dans l'épisode de transition 400 Days ne font ici aucune apparition. Au lieu de cela, Clémentine finit par rencontrer un nouveau groupe de survivants dont on ne pourra qu'entrevoir le passé et les possibles dissensions. On le sait, les apparences sont parfois trompeuses, et il nous tarde de découvrir quels lourds secrets cache cette communauté qui semble craindre au plus haut point un homme bien mystérieux. La promesse d'une intrigue où les relations humaines sont une fois de plus au centre de tout, où l'homme est plus que jamais un loup pour l'homme. Soutenu par un nouveau casting vocal très investi qui devrait encore nous faire lâcher quelques larmes, cet épisode fait déjà la part belle aux moments forts. Grâce à l'expressivité des animations faciales, une fois de plus très réussies, le jeu des acteurs fait mouche, tant et si bien qu'on n'en oublie la raideur habituelle de certaines animations. Terminons en précisant que comme dans la saison 1 et le premier épisode de The Wolf Among Us, chaque décision importante déclenchera une note à l'écran vous précisant que tel ou tel personnage s'en souviendra. Discutable, tant cela dévoile un peu trop les fils du canevas tissé par les auteurs, mais après tout, pourquoi pas !
Verdict
Tous les commentaires (18)
Bon courage à ceux qui vont attendre un an pour éviter les spoilers...
On sait si le jeu sortira sur next-gen ?
Merci pour la review Drift, ça donne envie même si je n'étais pas emballé par cette saison 2 (la faute à Clem, je me vois pas du tout la jouer), par contre je pense que j'attendrais la fin de la saison avant de craquer, pas envie d'attendre entre chaque épisode (ça me gonfle déjà sur TWAU).
J'aime bien, car j'aime bien l'étude des liens entre les personnages, du petit figurant au rôle majeur :)
Quant à la traduction, je pense qu'elle arrivera après la sortie des 5 épisodes (comme pour TWAU certainement). Vu que les lignes de dialogues et doublages peuvent être changés in extremis (cause des retards des épisodes l'année dernière et des changements dans les virgules "Prochainement...), mais aussi que c'est un format épisodique empêchant d'embaucher des dizaines de personnes de manière régulière, c'est compréhensible.
Mais je ne sais pas si je serai aussi tolérant si mon niveau d'anglais m'empêchait de savourer le jeu :/...
(quant à ce bon épisode, tout est dit avec subtilité dans la review, comme toujours :D )
En mode normal, les actions contextuelles et les notes de comportement étaient présentes, tandis qu'au niveau le plus "difficile", ces indications n'y étaient pas.
D'où le fait que j'utilise le terme "difficulté" même si tu as raison, ça n'est pas vraiment ça.
C'est juste que le mode normal, avec toutes les aides activées, assistait beaucoup le joueur à mon sens, et rendait en quelque sorte le jeu plus facile (au niveau des énigmes notamment). Mais rien non plus de rédhibitoire, c'est juste que c'était plus agréable en désactivant ces aides.